Quelle Europe souhaitons-nous pour les générations futures ?


Malgré un certain désenchantement, l'apport pacifique de l'Europe ne peut être dénié, l'espace Schengen et la monnaie unique peuvent être salués tout en souhaitant une Europe plus citoyenne, plus sociale, plus généreuse, plus harmonieuse sur le plan fiscal.

 L'Europe est aujourd'hui, un objet abstrait, désincarné , qui semble porter en lui tous les maux. L'Europe semble en panne.

 L'Europe a toujours été un récit, une proposition, un projet d'Histoire en marche. Cette histoire , outre les dimensions géographiques et culturelles originelles, commence par un acte de réconciliation, bâti sur les cendres de la seconde guerre mondiale, autour de la Communauté européenne du charbon et de l'acier...mais la Communauté économique n'a pas engendré une Communauté politique. Et plus de soixante ans plus tard, l'Europe souffre :
- d'un modèle exclusivement basé sur la dimension économique ;
- d'un enfermement des Etats-nations dans des schémas conservateurs de vieilles démocraties ;
- d'une démographie déclinante ;
- d'un chômage de masse ;
- de vraies-fausses avancées communes ( un marché unique sans politique économique commune, une monnaie unique sans politique monétaire unique par exemple) ;
- d'un excès de délégation de pouvoirs à une technostructure ;
- de l'absence d'une vision collective.

Car au moment où les Etats ne sont plus des éclaireurs et que les partis politiques sont devenus des écuries à candidats sans projets, il s'agit de disposer d'un cap politique commun pour 508 millions de femmes et d'hommes. Ces citoyens européens ont exagérément délégués le pouvoir aux gouvernements, négligeant leur propre participation (société civile et corps intermédiaires). Au-delà de ces constats, l'Europe constitue un projet qui nous interroge sur notre capacité à nous dépasser individuellement, collectivement, nationalement, culturellement, pour produire un espace et un peuple plus grands que la somme des parties ; à tendre vers une mosaïque de peuples au destin commun. Un espace départi du réflexe sur des traditions, des religions, des cultures… en un mot un espace laïque. Un espace dont la finalité est un modèle équilibré, qui réconcilie les Hommes entre eux, l'Homme et sa nature, l'Homme et la nature.

L'Europe doit être un espace d'espoir, pacifié, dont l'Homme est le coeur du projet. Un projet de développement croisant les dimensions sociale, patrimoniale, environnementale et économique. Inscrivons dans une Constitution européenne, la capacité pour l'Europe de disposer de droits sociaux communs, d'une diplomatie européenne, constituant la voix de l'Europe sur la scène internationale.

Pour cela, il faut bâtir une Union véritable, au-delà des souverainetés nationales. Commençons par une confédération, puis une fédération d'Etats, cimentée par des valeurs communes. Hannah Arendt énonce que la démocratie véritable est l'espace politique où les gens peuvent « partager des paroles et des actes ». Le citoyen européen doit être le co-acteur de la société par son expression, sa participation à des débats publics, des consultations régulières. Ce qui signifie une Europe enfin constituée des attributs nécessaires à l'identité et au fonctionnement d'une supra nation.

L'Europe doit donc être un modèle démocratique, progressiste et laïque jouant une mélodie, qui rénne dans le Monde, servi par un idéal proche celui déclamé par Victor Hugo au Congrès de la Paix, le 21 août 1849 :  « Un jour viendra où vous , toute nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne ».